Le cinéaste japonais Satoshi Kon (1963 – 2010) est à l’honneur grâce au documentaire que lui consacre Pascal-Alex Vincent, Satoshi Kon, l’illusionniste, présenté à Cannes Classics. Dans ce beau portrait du réalisateur, on replonge au sein d’une œuvre capitale, poétique et inventive, aux héritages multiples.

Pour une fois, le terme de culte ne semble pas trop galvaudé. Disparu brutalement en 2010 à l’âge de 46 ans, Satoshi Kon a laissé derrière lui une œuvre courte – 4 longs-métrages et une série TV – mais ô combien marquante et dont l’empreinte est encore forte dans le cinéma, et pas seulement d’animation (de Requiem for a Dream à Inception, on ne compte plus le nombre « d’emprunts » à ses films). Pour dresser son portrait, il aurait été facile de tomber dans l’hagiographie pompeuse ou, à l’inverse, l’exégèse absconse. Ce qu’évite parfaitement Pascal-Alex Vincent, avec son documentaire Satoshi Kon, l’illusionniste. Cinéaste, enseignant, mais aussi spécialiste et acteur important de la découverte et de la diffusion du cinéma japonais de patrimoine en France [1], Pascal-Alex Vincent choisit, pour retracer le parcours du cinéaste, un canevas en apparence classique pour le genre : remonter chronologiquement sa filmographie, et alterner extraits de ses films et intervenants. Si le casting des entretiens est impressionnant (Masao Maruyama, Mamoru Hosoda, Mamoru Oshii, Rodney Rothman, Darren Aronofsky …), Pascal-Alex Vincent laisse aussi la part belle aux images animées de Satoshi Kon, auxquels il vient subtilement superposer des instantanés filmés de la vie tokyoïte. Comme un écho à la manière dont Perfect Blue (1997), Millennium Actress (2002) ou Paprika (2006), se jouaient des frontières entre rêve, réalité et fiction. Des images ou une voix off vient glisser des esquisses d’analyses, dévoilant juste ce qu’il faut pour donner envie de (re)voir son œuvre tout en en préservant son mystère. D’ailleurs rare est la voix, rares sont les mots de Satoshi Kon lui-même, guère plus longs qu’un haïku.

Yasutaka Tsutsui, auteur de Paprika.

C’est cela aussi le secret de Satoshi Kon, l’illusionniste : savoir aborder une personnalité complexe sans rien dévoiler de son intimité, garder la distance juste, pleine de pudeur, face à son sujet. Si tous les intervenants s’accordent sur le génie et l’importance du travail de Satoshi Kon, sur son implication et son engagement pour la défense de ses équipes d’animateurs par exemple, affleure à plusieurs reprises le caractère difficile, pour ne pas dire déplaisant, de l’homme. Pour autant, le film ne s’y attarde pas, ne s’y complaît pas. Il se contente de souligner cette dualité, celle de ce génie autoproclamé, dont l’exigence folle rendait la vie impossible à ses collaborateurs, mais dont l’engagement et le talent ont été décisifs dans la reconnaissance de l’animation japonaise. Une dualité à l’image de celle des personnages féminins qu’il plaçait au cœur de ses films.

Un portrait d’un bel à-propos, qui se conclut sur un large aperçu de ce qu’aurait pu être son film inachevé, Dream Machine. Avant que les derniers mots que Satoshi Kon avait écrits sur son blog peu avant sa disparition ne viennent s’imprimer sur l’écran. Un bel à-propos certes, surtout juste et poignant.



SATOSHI KON, L’ILLUSIONNISTE

Pascal-Alex Vincent
2021
France

Festival de Cannes 2021
Cannes Classics

Distribution Carlotta Films

Satoshi Kon l’illusionniste tournera durant l’été dans les salles française. Il sera également diffusé le mercredi 4 août sur OCS, à l’occasion d’une soirée spéciale Satoshi Kon, accompagné par Tokyo Godfathers et Paprika.

[1] Depuis la société de distribution Alive où il a travaillé durant les années 1990, jusqu’au Dictionnaire du cinéma japonais en 101 cinéastes, qu’il a coordonnait en 2018 (Éditions Carlotta Films).

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