Abbas Kiarostami, l’art de l’enfance.

Évènement repoussé avec la crise sanitaire, le cinéma d’Abbas Kiarostami est enfin de retour en salle. Mais pas que : cette grande rétrospective est accompagnée par des éditions vidéo DVD/Blu-ray, la publication de trois ouvrages, et une exposision au Centre Pompidou à Paris. Le cinéaste iranien, disparu il y a cinq ans, auréolé d’une palme d’or pour Le Goût de la cerise en 1997, est l’auteur d’une œuvre inépuisable qui fut enfin reconnue sur la scène internationale au début des années 1990. Il était alors déjà en activité depuis près de 20 ans, et autant de films réalisés pour le Kanoon, l’Institut pour le développement intellectuel de la jeunesse en Iran. Des films restés longtemps inédits qui ont pour figure principale un visage d’enfant, image originelle qui va imprégner la suite de son œuvre.

THE WICKER MAN (1973), soleil trompeur

De retour en salle, le film emblématique de Robin Hardy convie encore et toujours son spectateur à un voyage hors-du-commun dans le cinéma de genre britannique. Le singulier The Wicker Man fait rimer cinéma d’épouvante, comédie musicale et absurde, avec toute la liberté caractéristique des années 1970, dans un pamphlet contre les bonnes mœurs au magnétisme inaltéré.

L’AVVENTURA (1960), naissance du vide

Film emblème de la modernité européenne et acte de naissance du grand œuvre de Michelangelo Antonioni après une première période de recherches et d’expérimentations (La Dame sans Camélia, Le Cri…), L’Avventura ressort enfin en salles de cinéma et déplie une nouvelle fois sous nos yeux son voile de mystère opaque, toujours plus fascinant.

Qui chante là-bas ? (1980) ou il était une fois en Yougoslavie

Redécouvrir Qui chante là-bas ?, premier film de Slobodan Sijan, triomphe à sa sortie dans son pays, et qui remporta aussi un très beau succès en France, c’est plonger au cœur d’un pays qui n’existe plus, et découvrir les prémices du destin funeste de la Yougoslavie, sous la forme d’une fable picaresque et truculente qui s’inscrit de plain-pied dans son époque.

Plogoff (1980), de Nicole Le Garrec : Lutte centrale

A la fin des années 70, un village d’irréductibles bretons se mobilise face à la volonté du gouvernement d’implanter une centrale nucléaire sur leur terre. Dès le premier jour, Nicole et Félix Le Garrec sont là, caméra au poing. Pendant six semaines, ils filment leur quotidien rythmé par les manifestations face aux CRS. Des images qui, quarante après, résonnent plus que jamais avec l’actualité.

Toi l’étranger… Toni, de Jean Renoir (1935)

Janvier 1931, aux abords de Martigues, le cadavre d’un manœuvre italien est retrouvé dans un champ. La femme de celui-ci et son amant sont arrêtés et, après avoir chacun déclaré être l’auteur du meurtre, s’accusent mutuellement. Ce sordide fait divers dans le milieu des travailleurs émigrés tiendra en haleine pendant plusieurs semaines les journaux locaux, mais va surtout se révéler être une opportunité inespérée pour Jean Renoir. Une virée au plus près du réel dans une nouvelle restauration et édition Gaumont.

Ida Lupino définit l’innommable avec OUTRAGE (1950)

Connue avant tout pour son talent d’actrice, la sortie restaurée le 9 septembre d’Outrage, le troisième film d’Ida Lupino distribué par le Théâtre du Temple, nous permet de redécouvrir également son travail en tant que réalisatrice et productrice. Un film fort tentant de traiter de l’indicible (le viol et ses conséquences) au sein d’un Hollywood encore censuré par le code Hays.

LA POURSUITE IMPITOYABLE (1966), quand Arthur Penn passe de la meute à l’émeute

À quel moment une foule qui demande justice dérape et jusqu’où peut-elle aller, abreuvée de fantasmes à s’en assoiffer de sang ? C’est la question que nous pose Arthur Penn avec La Poursuite impitoyable, qui replace un Marlon Brando admirable en ultime rempart de la loi, abandonné au milieu d’une ville hystérique à l’arrivée d’un évadé présumé coupable, incarné par Robert Redford. Un samedi soir sous haute tension aussi fiévreux que glaçant, et qui n’épargne rien… ni personne.

Kirk Douglas roi du ring dans LE CHAMPION (1949)

Le 20 février 2020, Kirk Douglas tirait sa révérence à 103 ans, un âge tout aussi légendaire que la carrière qu’il s’est forgée sur le grand écran. La première pierre posée à l’édifice de son monument est sans aucun doute Le Champion de Mark Robson édité en DVD et Blu-ray chez Rimini Éditions et dans lequel l’acteur y incarne un boxeur plus vrai que nature. Un rôle qui lui va comme un gant, notamment à cause de son profil d’outsider transcendant un Kirk Douglas qui a connu un début de vie difficile et est parvenu à se hisser hors d’une misère sociale à la seule force des bras.

MYSTERY MEN (1999) – Super zéros cinematic universe

Bien avant les récentes bandes de super héros sabordées par leurs propres studios, il existait ce savoureux OVNI foutraque qu’est Mystery Men. Le film de Kinka Usher vaut encore et surtout pour l’assemblage improbable et très sympathique qu’il représente à l’écran, retournant le schéma éculé aujourd’hui du héros-concept en mettant en avant l’humain, si dénué de talent soit-il, derrière le costume et parvient, dans un n’importe quoi assumé, à trouver un curieux équilibre entre désir d’anti-système et blagues de prout.

THE BLUES BROTHERS (1980) – Black and White

Difficile de trouver un film dont le capital sympathie est plus fort que celui des Blues Brothers de John Landis. Il fait aujourd’hui partie des incunables, de ces œuvres cultes du cinéma américain des années 80, qu’on se plaît à voir, revoir, à partager avec les jeunes générations, notamment avec cette édition célébrant son 40e anniversaire.

MISSISSIPPI BURNING (1988) – Justice et ségrégation

Puisqu’on parle beaucoup ces temps-ci – et à raison – de racisme et de violences policières, c’est peut être l’occasion de se replonger dans Mississipi Burning d’Alan Parker. Un film de flics, tentant de rétablir une justice dans une Amérique où l’inégalité, la ségrégation, et donc, le racisme et la violence, sont la norme. Cela s’est passé dans le Sud des États-Unis, il n’y a pas si longtemps…

WINGS OF HOPE (1998) – L’échappée belle

Documentaire réalisé pour la télévision en 1998, Wings of Hope revient sur le crash du vol LANSA 508 en pleine forêt amazonienne, le 24 décembre 1971. Juliane Koepcke, jeune Allemande expatriée au Pérou alors âgée de dix-sept ans, fut la seule survivante des quatre-vingt douze passagers de l’avion, parmi lesquels ses deux parents. Plus de vingt-cinq ans plus tard, elle retourne avec Werner Herzog sur les lieux de l’accident et refait avec lui l’incroyable marche qu’elle effectua, seule dans la jungle pendant plus de dix jours, avant d’être secourue par trois indigènes aux abords d’une rivière.

LA CIBLE HUMAINE (1950) ou l’Ouest sans issue

Western noir et désespéré, La Cible humaine est sans conteste l’un des meilleurs films de son cinéaste, Henry King, un nom encore trop souvent mis de côté, et dont la modernité de ton et de forme sur la vision de l’Ouest n’a rien à envier aux plus belles œuvres du genre.

VICE SQUAD (1982), une plongée dans l’enfer de la cité des anges

Même au fond du caniveau le plus sordide, la loi existe encore. C’est notamment à la brigade des mœurs qu’incombe ce sale boulot : nettoyer ces rues ténébreuses oubliées à la nuit par la société. Vice Squad nous fait déambuler dans ce Los Angeles des années 1980, une jungle urbaine sombre et brutale dans laquelle cette poignée de flics lutte à la marge avec l’énergie du désespoir. Une pépite du cinéma d’exploitation américain aux accents tristement contemporains suggérée par Jean-Baptiste Thoret dans sa collection Make My Day.

Bis Bis Bis, Hourra ! –
LES EXTERMINATEURS DE L’AN 3000 / ATOMIC CYBORG

Le bis italien fut tout autant vilipendé qu’idolâtré. Voilà un cinéma qui mit des pépites dans les yeux de ceux qui l’ont découvert dans les salles à Paris, tant qu’en régions. On pénétrait dans une salle pour voir des Tarkovski ou Spielberg, avant de s’engouffrer dans une autre (parfois par la sortie de secours) où l’on se délectait des bisseries déviantes de Castellari, Deodato, Mattei et consorts. Deux bandes cultes sont éditées aujourd’hui en vidéo : Les Exterminateurs de l’An 3000 et Atomic Cyborg. Redécouvrons-les sans nostalgie, sans ironie, ni cynisme, qui ont trop souvent cours quand on évoque ce cinéma à jamais disparu.

Miami Vice – Deux hommes dans la ville

Évocation phare de la série américaine des années 1980, Miami Vice (Deux flics à Miami) est une histoire de flics meurtris aux apparences trompeuses. Le film est à revoir à l’aune d’une modernité qu’il a engendré, que ce soit dans le paysage télévisuel et dans la conception du polar. Un moment de grâce faussement kitsch, baigné dans l’univers de son producteur, Michael Mann.

LE TRAIN (1964), l’art de la poursuite selon John Frankenheimer

C’est l’un des films d’action les plus ébouriffants des années 1960, également l’un des chefs-d’œuvre de John Frankenheimer, cinéaste qui a été touché par la grâce l’espace de quelques années. Avec son Burt Lancaster à la gueule burinée, prêt à tout pour empêcher les nazis de dévaliser les réserves du Jeu de Paume, Le Train réfléchit sur la valeur de l’art et le sens du sacrifice. Ou quand Van Gogh et Manet sont prétextes à une course-poursuite ferroviaire des plus hallucinantes.

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