Philippe R. Doumic, le regard de la Nouvelle vague

Sorti le 23 novembre 2019 sur OCS, le documentaire Sous son regard une étincelle, est un portrait intimiste du méconnu Philippe R. Doumic, photographe de la Nouvelle Vague et des plus grandes stars du cinéma français dans les années 1960.

Il est toujours délicat de construire un film autour du travail d’un photographe. Comment allier le mouvement inhérent à la projection cinématographique et l’immobilité du cliché photographique ? Il y aurait deux manières de s’en sortir, si l’on en croit les récentes tentatives qui ont vu le jour, en salles ou ailleurs : l’entretien classique avec l’artiste qui, par sa parole, donnerait à voir la photo sous un angle particulier, intime ou éclairé (le documentaire de Wim Wenders sur Sebastião Salgado). Et puis le portrait-enquête, dans la lignée du film À La Recherche De Vivian Maier, qui chercherait à la manière d’un film de détective à percer le mystère d’une figure absente, anonyme au visage caché derrière tous ceux qu’il a figés sur négatif et papier scintillant.

Sous son regard une étincelle part sur les traces de Philippe R. Doumic, illustre inconnu dont nous avons tous, pourtant, vu et apprécié le travail. C’est lui qui, dans les années 1960, a photographié en noir et blanc toutes les icônes de la Nouvelle Vague triomphantes de beauté et de jeunesse, et quelques autres célébrités dans le vent. C’est lui qui a immortalisé Anouk Aimée devant l’église de Saint-Germain-des-Prés un matin d’automne embrumé ; lui qui a capturé le visage pensif de François Truffaut sur le tournage de La Peau Douce ; lui qui a eu devant son objectif Catherine Deneuve, Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Jeanne Moreau, Lino Ventura, Jean Gabin, Brigitte Bardot et le tout jeune Alain Delon aux yeux tendres et carnassiers prêts à conquérir le monde. On ne sait rien, pourtant, ou presque, de cet homme secret qui a traversé les plateaux de tournage comme un fantôme avant de rompre définitivement avec le monde du cinéma pour s’installer en Sologne.

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« Doumic est mort, emportant peut-être avec lui quelques-uns de ses secrets, mais laissant dans les cartons abimés de sa maison un trésor de souvenirs photographiques inédits »

C’est sa fille, Laurence Doumic-Roux, et le photographe et collectionneur Sébastien Cauchon, qui partent sur les traces de cette ombre aperçue dans le coin d’une photographie de tournage ou esquissée à travers les souvenirs de ceux qui l’ont connu. Doumic est mort, emportant peut-être avec lui  quelques-uns de ses secrets, mais laissant dans les cartons abimés de sa maison un trésor de souvenirs photographiques inédits, portraits au plus près des visages et de la vérité profonde des sujets qu’ils offrent manifestement sans retenue. Il y a la mélancolie inhérente au portrait photographique, miroir par excellence du temps qui passe et du temps perdu qui nous bouleverse comme un film d’Ozu – c’est Jean-Pierre Melville souriant, sans Stetson et sans Ray-Bahn, sur sa table de montage ; c’est, aussi, les regrettées Marie-Josée Nat et Marie Laforêt, jeune nymphe sur une barque au bois de Vincennes. Mais il y a aussi des photos qui nous regardent à jamais au présent. C’est Jean-Luc Godard, la tête haute, les yeux fixés à un bout de pellicule tendue, verres fumés et Boyard maïs au bord des lèvres. C’est le cliché le plus célèbre de Doumic, repris mille fois à travers le monde et à travers les années. C’est le cinéma tout entier qui se trouve incarné ici, et le cinéma de Godard, toujours vif, échappant encore et toujours à l’archivage poussiéreux de l’histoire officielle.


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Sous son regard l’étincelle
Un film de Laurence Doumic-Roux et Sébastien Cauchon, 2019.
Prochaines diffusions sur OCS geant :
Samedi 23 novembre 2019 – 22:40 ;
Dimanche 1 décembre 2019 – 12h50 ;
Et bientôt à la demande sur OCS.