Le bis italien fut tout autant vilipendé qu’idolâtré. Voilà un cinéma qui mit des pépites dans les yeux de ceux qui l’ont découvert dans les salles à Paris, tant qu’en régions. On pénétrait dans une salle pour voir des Tarkovski ou Spielberg, avant de s’engouffrer dans une autre (parfois par la sortie de secours) où l’on se délectait des bisseries déviantes de Castellari, Deodato, Mattei et consorts. Deux bandes cultes sont éditées aujourd’hui en vidéo : Les Exterminateurs de l’An 3000 et Atomic Cyborg. Redécouvrons-les sans nostalgie, sans ironie, ni cynisme, qui ont trop souvent cours quand on évoque ce cinéma à jamais disparu.

Les Exterminateurs de l’an 3000

Signé de Giuliano Carmineo (Les Rendez-vous de Satan, avec Edwige Fenech et George Hilton) sous le pseudonyme de Jules Harrison, le film appartient à l’un des courants les plus prolifiques du Bis : le cinéma post-apocalyptique, également appelé post-nuke. On ne compte plus les films inspirés des chefs-d’œuvre de George Miller, Mad Max et Mad Max 2, tels que 2020 Texas Gladiators, Les Mercenaires du futur, Le Gladiateur du futur

Carmineo s’inscrit dans cette mouvance en plagiant Mad Max 2. Le script en est très proche. À quelques détails près : l’aventurier solitaire, prénommé Alien (le peu expressif Robert Iannucci, une constante du Bis), va faire la connaissance d’un enfant, Tommy (Luca Venantini), au bras robotisé. Le manque d’eau a remplacé la pénurie d’essence, dont la valeur est désormais inestimable. Des hordes de guerriers s’affrontent dans le désert pour se l’accaparer. Ce qui frappe, c’est que Les Exterminateurs de l’an 3000 ne souffre pas trop du poids des ans. On y prend du plaisir malgré de trop nombreux emprunts (mais cela fait partie des codes du genre).

Giuliano Carmineo soigne et fait exister autant qu’il peut ses personnages. Alien doit d’ailleurs plus au Clint Eastwood de la Trilogie du Dollar de Sergio Leone, qu’au personnage incarné par Mel Gibson. L’enfant n’est pas insupportable. Au contraire, il agit comme un adulte responsable. Carmineo lui offre une véritable densité. Autre bonne surprise : le personnage du vieux Papillon ! Le vétéran Luciano Pigozzi – aperçu dans le réjouissant Yor, le chasseur du futur, d’Antonio Margheriti – s’inspire de la composition d’Edward G. Robinson dans le classique de Richard Fleischer, Soleil vert (1973). Pigozzi offre une prestation attachante et émeut.

Carmineo compense son manque de budget évident par le désert impressionnant d’Almería (où furent tournés les westerns de Sergio Leone) et des scènes d’action efficaces. Sa mise en scène nous épargne ces zooms atroces par trop présents dans les Bis des années 70-80. En vérité, Les Exterminateurs de l’An 3000 s’est bonifié avec le temps. Peut-être, aussi, grâce aux Majors qui fabriquent de nos jours des séries Z prétentieuses aux budgets stratosphériques, et dont les histoires vides de sens et d’ambition, sont vendues comme autant de nouvelles tragédies aux dimensions shakespeariennes. Les Exterminateurs de l’an 3000 n’a aucune autre ambition que de divertir. Contrat rempli !


Atomic Cyborg

Sergio Martino est une légende du Bis. Un vrai touche-à-tout ! On lui doit comédies, films érotiques, comédies érotiques (avec Edwige Fenech, qui fut sa belle-sœur) et, surtout, des gialli réussis comme La Queue du Scorpion (1971) ou le beau Torso (1973), mais également des films fantastiques, d’aventures et de science-fiction aux titres évocateurs : La Montagne du dieu cannibale, Le Continent des hommes-poissons, le très fun 2019, Après la chute de New York, d’inspiration carpenterienne. Comme beaucoup de ses confrères transalpins, Martino signe souvent ses réalisations avec des pseudonymes anglo-saxons et engage des comédiens américains pour travestir ses films en semblants de productions US.

C’est le cas d’Atomic Cyborg, qu’il réalise sous le nom de Martin Dolman, et dans lequel on retrouve le second couteau John Saxon (Opération Dragon, Ténèbres, Les Griffes de la nuit) aux côtés de Daniel Greene (acteur puissamment nul, dégoté dans une salle de muscu de Los Angeles) qui incarne un certain Paco Queruak, mi-homme, mi-machine, modifié dans le plus grand secret. 

Atomic Cyborg s’inspire évidemment du Terminator de James Cameron (allant jusqu’à plagier la réparation du bras artificiel). À l’image de Giuliano Carmineo, Martino pense d’abord à assurer le spectacle. Son film multiplie les bastons (celle du bar est réjouissante). Il décalque les passages obligés des productions américaines de l’époque (scènes de commissariat, extérieurs dans des quartiers mal famés…).

Si le film n’ennuie pas, il ne convainc pourtant qu’en partie. On sent trop chez Martino le désir de répondre à la demande (comme il l’avoue avec humilité, au sujet de ses films, dans l’entretien présent sur le Blu-ray). On a la fâcheuse impression de voir un film mi-figue, mi-raisin, qui sacrifie trop son expression personnelle. Une semi-déception car, contrairement à beaucoup de réalisateurs de Bis, Martino est un cinéaste qui su faire preuve d’ambition. 

Notons tout de même le score sympathique de Claudio Simonetti, qui retrouve par instants les envolées de son groupe The Goblin (les Suspiria et Zombie originaux). Et la présence de George Eastman dans le rôle de l’éternel salopard, qu’il aimait tant incarner. Au final, Atomic Cyborg est une œuvrette sympathique, qui nous fait passer 90 minutes agréables.

Si imparfaits soient-ils, fabriqués pour des raisons bassement commerciales, il se dégage pourtant de ces Exterminateurs de l’an 3000 et Atomic Cyborg une candeur et un amour du cinéma qui réchauffent le cœur. Car ce cinéma-là était un cinéma d’artisans.


Il Giustiziere Della Strada
Un film de Giuliano Carmineo
Avec Robert Iannucci, Alicia Moro, Alan Collins
1983 – Italie, Espagne

Pulse Video / Lionheart
Combo Blu-ray/DVD
13 mars 2020

Sont notamment proposés une piste VF et VO sous-titrée. Si vous êtes fétichiste des sorties salles de l’époque, vous choisirez la VF involontairement drôle. Le commentaire odieux avec Davy Mourier, Thomas Combret, le Captain Web et Manox est sympathique mais trop potache, le film en VHS-VISION en VF est une bonne idée pour les nostalgiques, Trailers of the Apocalypse est un programme de 18 bandes-annonces HD de films (Les Rats de Manhattan, 2019, après la chute de New York, …) d’une durée de 38 minute. Gasoline Road est un court-métrage de Yannis Cacaux et Clément S. Bernard : s’il n’est pas antipathique, affiche une volonté de faire un vrai post-apo, est plutôt soigné techniquement malgré ses moyens limités (beaux plans réalisés avec des drones), le film manque cependant d’une histoire et d’acteurs convaincants. On peut regretter que les effets gore soient, pour la plupart, réalisés en numérique.

Vendetta Dal Futuro
Un film de Sergio Martino
Avec Daniel Greene, Janet Agren, Claudio Cassinelli
1986 – Italie

Pulse Video / Lionheart
Combo Blu-ray/DVD
13 mars 2020

Sont présentés, entre autres, le film en VF et VO sous-titrée, en VHS-VISION (pour la VF) : là aussi. Même s’il date de plusieurs années et pâtit de sa mauvaise qualité de réalisation, Atomic Sergio est un entretien intéressant sur la carrière de Sergio Martino, d’une durée de 58 minutes. Le réalisateur y évoque, en français, son parcours. L’homme, très sympathique, revient avec franchise et honnêteté sur certaines carences de ses films et se dévoile en artisan passionné. 

Crédits images : Les Exterminateurs de l’An 3000 © 1983 2T Produzione Film, Globe Film / Atomic Cyborg © 1986 National Cinematografica, Dania Film, Medusa Distribuzione


Grégory Marouzé

Cinéphile acharné ouvert à tous les cinémas, genres, nationalités et époques. Journaliste et critique de cinéma (émission TV Ci Né Ma - L'Agence Ciné, Toute La Culture, Lille La Nuit.Com, ...), programmation et animation de ciné-clubs à Lille et Arras (Mes Films de Chevet, La Class' Ciné) avec l'association Plan Séquence, Animateur de débats et masterclass (Arras Film Festival, Poitiers Film Festival, divers cinémas), formateur. Membre du Syndicat Français de la Critique de Cinéma, juré du Prix du Premier Long-Métrage français et étranger des Prix de la Critique 2019, réalisateur du documentaire "Alain Corneau, du noir au bleu" (production Les Films du Cyclope, Studio Canal, Ciné +)

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