Le Roman Porno, millésime de l’érotisme japonais

Une sélection de cinq Roman Porno, films érotiques japonais des années 1970, a été éditée par Elephant Films dans un coffret les réunissant avec une vague plus récente du même acabit, le tout produit par le célèbre studio Nikkatsu, pour une plongée dans des représentations troubles, sulfureuses, déviantes, mais fascinantes de la sexualité au sein d’œuvres parfois remarquables.

En 1971, suite à désaffection de son public et la montée en puissance de la télévision, le studio Nikkatsu – au bord de la faillite – prend le pari de recentrer essentiellement sa production sur des films érotiques. Il y a alors un fièvre pour les « Pinku Eiga » (films roses), qu’ils soient indépendants comme ceux de Koji Wakamatsu, ou issus de concurrents comme les « Pinky violence » du Studio Toei. Pour s’en différencier et imposer sa marque, la Nikkatsu initie le Roman Porno pour « Romanesque Pornographique » avec la volonté d’offrir à ce genre de films des écrins plus sophistiqués et ambitieux. L’idée est de conserver leur studio, leurs techniciens aguerris et leurs équipes artistiques tout en tournant à l’économie et rapidement. Rarement plus d’une semaine de tournage, un budget serré et quelques contraintes portant sur le nombre minimum de scènes érotiques mais en contre-parti une grande liberté de création. Un terrain parfait pour une génération d’assistants réalisateurs qui profitèrent du départ des maîtres maisons – refusant de s’abaisser à des œuvres de ce genre – pour être propulser plutôt que prévu cinéastes à part entière.

Il faut dire que malgré la crise rencontrée, la Nikkatsu tenait à conserver un rythme de sorties habituelles avec deux films par semaine et avait besoin de main d’œuvre. C’est ainsi que plus d’un millier de Roman Porno sortirent sur une période de 17 ans et permirent au studio d’échapper à la banqueroute. Conçus pour être des produits de consommation, le Roman Porno a su cependant conserver un certain aura – voire un statut culte – chez les cinéphiles grâce notamment à une poignée de cinéastes qui ont su s’approprier ce genre pour y injecter leur personnalité et développer des thèmes personnels. Des hommages consacrés à ces auteurs et des rétrospectives ayant rencontrés un engouement inattendu, la Nikkatsu décida de fêter les 45 ans du Roman Porno en restaurant une partie de son catalogue et en produisant cinq films de cinéastes établis, tel Sono Sion ou Hideo Nakata, dans des conditions identiques et avec les mêmes contraintes. Ainsi, l’éditeur Elephant Films a eu la bonne idée de réunir ces cinq productions contemporaines et de les mettre en parallèle avec des « classiques » ayant pu servir de matrices. La sélection parvient à éviter les titres sortis chez éditeurs Wild Side et Cinémalta tout en proposant des œuvres majeures de noms emblématiques : Masaru Konuma, Tatsumi Kumashiro, Noboru Tanaka ainsi que l’univers de Takashii Ishii via sa série des Angels Guts. Il manque toutefois à l’appel Chusei Sone, pourtant régulièrement cité comme le plus passionnant auteur de cette mouvance pour des films audacieux, stylisés et éclectiques ; ce qui en fait aussi une figure moins identifiable.

Humidité, cordes et classicisme

Au jeu du « meilleur » cinéaste du Roman Porno, si Konuma, Kumashiro et Sone reviennent souvent, notre cœur penche sans conteste vers Noboru Tanaka, cinéaste qui pourrait très bien résumer cette notion de « romanesque pornographique » au travers de sa description subtile et psychologique des rapports – et passions – hommes-femmes. Son souci d’étoffer les personnages est évident dans le film présent ici, Nuits félines à Shinjuku (1972) qui s’attarde sur trois employées d’un soapland (des établissements de bains où les massages proposées flirtent avec la prostitution). Alternant moments légers, décalés et drôles avec des séquences de profondes mélancolies et de solitudes, Tanaka surprend par son absence de jugement ou de caricature. Il filme ainsi avec une remarquable tendresse et une absence totale de moquerie une stupéfiante romance à trois entre une employée amoureuse d’un bisexuel la poussant à dépuceler son amant qui espère naïvement être lui-même hétérosexuel. Malgré sa courte durée de 65 minutes, le film est d’une richesse thématique et formelle époustouflante. Les passages obligés du genre sont pleinement intégrés et justifiées dans l’histoire. Voyeurisme, masturbation, agression, nudité, domination/soumission ne sont pas des cases d’un cahier des charges à remplir mais les conséquences d’un boom économique plongeant littéralement dans le caniveau de nombreux laissés-pour-compte et marginaux. Tanaka regorge d’idées visuelles qui accompagnent à chaque fois ses personnages. Elles peuvent être tour à tour naturaliste – tel l’évolution des couleurs des éclairages chatoyants et saturés du soapland aux teintes sordides des appartements en périphéries – que dans la lignée des expérimentations graphiques de Seijun Suzuki. Sans jamais être gratuites, elles offrent à l’impasse de cette valse des sentiments une poésie tragique et amère. C’est en même temps un tour de force subjuguant lorsqu’on imagine que Tanaka n’a même pas dû bénéficier de quinze jours de tournage et, que contrairement à ses confrères, il n’a pas recours aux plans-séquences. Il morcelle au contraire les axes de prises de vues et multiplie les ruptures et les accélérations de montage, toujours dans la volonté de traduire cinématographiquement les tourments de ses protagonistes.

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Dans un soapland des Nuits félines à Shinjuku (1972)

Masaru Konuma a lui aussi beaucoup filmé les rapports hommes-femmes, avec une prédilection pour la soumission/domination qui en fera le maître du SM et du bondage. À l’heure de #Metoo, et peut-être conscient que des films comme Une femme à sacrifier (1974) risquerait – à juste titre – désormais de faire grincer pas mal de dents, l’éditeur a mis en avant Lady Karuizawa (1982) qui n’est pas le plus révélateur de l’univers du cinéaste, d’autant qu’il est privé de surcroît de sa muse l’actrice Naomi Tani, l’archange du bondage. Le désir féminin est toutefois toujours au cœur de cette œuvre dont la première heure est souvent de qualité avec une réalisation élégante, emprunte de classicisme, à la photographie raffinée. Lady Karuizawa est une femme ayant dépassé les 40 ans, délaissée par son mari, et qui s’ouvre à la sensualité avec l’arrivée d’un jeune homme qui la provoque par ses jeux de séduction. Rapidement,  les pulsions et l’obsession ne tarderont pas à s’inverser. Dès la première séquence, le film croule sous un symbolisme sexuel appuyé où l’héroïne est réveillée en plein nuit par le bruit d’une cruche cassant sous la pression de l’eau ayant gelée, métaphore renvoyant à sa propre frustration, et peut-être sa frigidité. Si cette idée permet une ouverture intelligente, la surabondance de ce symbolisme vire au systématisme et n’évite pas certains clichés entre éclaboussures gastronomiques ou le mari égoïste caressant un fusil de chasse. Il est tout de fois évident que Konuma est particulièrement à l’aise dans la représentation du fétichisme et du trouble s’emparant de Lady Laruizawa. Il l’est moins quand il essaie de greffer un sous-texte politique sur les rapports de classes et, surtout, dans le dernier tiers qui bascule maladroitement dans le thriller avec machination, assassinat et corps à dissimuler. Il se rattrape in-extremis avec une conclusion dont la beauté macabre n’est pas dénuée d’émotion ni de pureté.

Angel Guts : Red Porno (1981) partage quelques éléments avec le cinéma de Konuma où une femme s’ouvre à de nouveaux types de désirs après une séance de bondage forcée et dont les photos attirent un marginal fantasmant sur elle. Avec une atmosphère sombre, torturée et un brin malsaine qui dérange en soufflant le chaud et le froid, il n’est jamais évident de faire la part des choses entre la complaisance flattant les instincts les plus vils du spectateur, une analyse clinique de pathologies, l’évocation d’une société machiste où les femmes sont constamment brimées ou rabaissées et une moralité douteuse en créant une histoire d’amour entre un harceleur et celle qui l’obsède. Dans ce quatrième opus de la série des Angels Guts écrit par le mangaka Takashi Ishii – qui passera lui-même derrière la caméra dans la foulée –, c’est Toshiharu Ikeda qui a la lourde tâche reprendre le flambeau après Chusei Sone et Noboru Tanaka. Plutôt que de questionner la dynamique de cette relation contre-nature, Ikeda se rue dans un formalisme radical pour un pure exercice de style dont le pouvoir de fascination est indéniable. Dans le meilleur des cas, il traduit bien le sentiment d’enfermement de l’héroïne qui passe d’un lieux clos à l’autre, y compris dans les séquences en extérieur. Une scène clé se déroule ainsi dans des aires de jeux pour enfants aux structures métalliques claustrophobiques. Il y a également plusieurs pistes de réflexions sur le voyeurisme et la mise en abîme de la condition du spectateurs même, du marginal se projetant dans ses fantasmes jusqu’à un couple faisant l’amour à la fois sous de nombreux miroirs mais aussi sous une caméra qui projette simultanément leurs ébats. Cependant, ces pistes – qui auraient pu pousser le public dans ses retranchements – s’évanouissent régulièrement dans des séquences incroyablement visuelles qui se contentent d’offrir des écrins saphiques tout en testant les limites de la censure. C’est, à ce titre, le film du coffret le plus explicite dans sa représentation du sexe, y compris sonore. Finalement, outre son indiscutable brio technique, l’intérêt du film réside avant tout ses contradictions et le malaise qu’il fait naître de son atmosphère. Ce n’est malheureusement pas toujours voulu, et on finit pas ne pas savoir sur quel pied danser.

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Les Amants mouillés (1973)

Reste donc le cas de Tastumi Kumashiro doublement représenté avec Les Amants mouillés (1973) et L’Extase de la rose noire (1975), plus complémentaires qu’on pourrait le croire. Contrairement à d’autres cinéastes à la formation plus classique, les influences, les préoccupations et la sensibilité de Kumashiro sont bien plus sociales et proches de la Nouvelle Vague, au point d’être parfois abstraits. Il fut d’ailleurs le premier vrai cinéaste issu du Roman Porno a être reconnu par la critique. Une des raison est qu’il n’avait pas vraiment d’affinité avec le cinéma érotique mais l’indépendance qu’il pouvait y trouver lui a permis de s’épanouir en toute liberté pour mieux casser les codes et les conventions, surtout au début de sa carrière. Les Amants mouillés n’est pas toujours évident à appréhender et demeure par moment un objet insaisissable et sans logique. Il échappe toutefois à la théorisation par sa fraîcheur, sa spontanéité, et sa distanciation non dénuée d’humour qui ont donné plusieurs scènes cultes au Japon, à commencer par une irrésistible rencontre dans des hautes herbes en un voyeur dérangeant un couple faisant l’amour. Cette liberté de ton est au cœur de la démarche de Kumashiro qui se contrefichait de cacher le sexe de ses comédiens lors de la prise de vue (seul vrai tabou au Japon) et préférait rajouter au montage un gros cache noir, comme pour mieux se moquer de l’idiotie de la censure. Les Amants mouillés est un film à part, dans la lignée des déstructurations de l’ATG avec une vision anticonformiste d’une jeunesse insatisfaite et de femmes en rébellion. Son scénario se rapproche de la parabole existentialiste sur l’identité et la difficulté – ou le refus – de trouver sa place dans la société. Il y a bien-sûr une grosse part de projection du cinéaste dans ses jeunes héros et il a beaucoup infusé de son parcours et ses convictions. Entre le cynisme, l’ironie, et la mélancolie, Kumashiro n’a pas voulu choisir. Ou plutôt, il a choisi sa propre voix.

L’Extase de la rose noire est plus accessible tout en prolongeant sa mise en abîme autobiographique. C’est comme si le jeune coursier des Amants mouillés, trimballant les bobines d’un cinéma à l’autre, gravissait lentement les échelons pour devenir technicien,  aspirant-cinéaste indépendant du niveau d’Oshima ou Imamura, mais avec des films pornographiques clandestins. Si le style – longs plans caméra à l’épaule, ruptures fugaces – est toujours aussi instinctif et débordant d’ellipses, la narration est plus conventionnelle, linéaire et davantage porté sur l’auto-dérision en étant conscient des limites inhérentes aux productions Roman Porno où le système D, les plans volés, les tournages guérilla et l’improvisation prédominent. Bien qu’exagérés et caricaturales, les procédés du metteur en scène au cœur du récit peuvent se voir comme un document caustique sur le quotidien des équipes de la Nikkatsu. Les références au monde du cinéma sont d’ailleurs légions, de la critique de la censure au cabinet de dentiste renvoyant à Daydream (1964) de Tetsuji Takechi – l’un des pionners du pinku eiga –  jusqu’aux nombreuses superpositions sonores dans la lignée de Godard. Mais comme souvent avec Kumashiro, l’ironie et le ton décalé – voire le sens de l’absurde – laisse place à une amertume évidente qui pâtit néanmoins un peu du jeu de Naomi Tani, moins à l’aise que dans des rôles plus « extrêmes ».

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L’Extase de la rose noire (1975)

Roman Porno, le retour

Le spleen de Tatsumi Kumashiro imprègne Chaudes gymnopédies d’Isao Yukisada, premier film du revival Roman Porno, sorti fin 2016, qui met en scène un cinéaste dépressif et has-been, contraint de tourner des films érotiques, multipliant les aventures, presque malgré lui. Il faut hélas reconnaître que cette résurrection produite par la Nikkatsu est assez médiocre, davantage marquée par l’univers d’Eric Rohmer et surtout de Hong Sang-soo pour une structure narrative terriblement répétitive, sur l’idée des variations d’Erik Satie. À quelques éclats près situés dans le dernier tiers (dont un amusant détournement des codes SM), il est bien difficile de se passionner pour ce personnage amorphe et antipathique qu’on imagine mal créer le désir chez l’ensemble des personnages féminins. Inversement, il va sans dire que les aficionados d’Hong Sang-soo peuvent au contraire y trouver leur bonheur. White Lily (2016) signé Hideo Nakata n’est guère plus stimulant. Celui qui fut pourtant l’assistant de Masaru Konuma n’a pas très inspiré par ce genre. Il reprend pourtant les figures de son ancien maître avec la peinture de rapports torturés entre la gérante d’une atelier de peinture et sa jeune assistante qui lui est totalement dévouée et soumise. Seul film lesbien de ce coffret, White Lily ne parvient jamais à faire croire en ses personnages ou en leur relation et se limite à égrainer les passages obligées : onanisme, frustration, jalousie, froideur et manipulation de la « maîtresse » qui prend un plaisir pervers à pousser son élève dans des pratiques qu’elle refuse. Son esthétisme qui se voudrait onirique paraît également bien artificiel. Cette approche clinique fonctionne peut-être bien dans l’horreur, où Nakata a connu le succès, mais pour filmer la chaire, le désir et les passions dévorantes, le résultat est autrement plus terne.

Les codes du Roman Porno par Kazuya Shiraishi dans L’Aube des félines (2017) sont autrement plus maîtrisés et pourraient se poser comme une synthèse réunissant les longs plans-séquences hérités de Konuma ou Tasumi, une séquence de bondage et surtout un hommage évident aux Nuit félines à Shinjuku de Noboru Tanaka. Le scénario de ce dernier est modernisé intelligemment dans une petite agence de call-girl qui permet de traiter la société actuelles du Japon : les hikikomori (ces hommes qui vivent cloîtrés chez eux, coupés du monde), les réseaux sociaux, les cafés mangas ou encore le désœuvrement des personnes âgés… Comme dans le chef-d’œuvre de Tanaka, il y a un dosage réussi entre les moments frais, légers et des moments poignants, mélancoliques qui dessinent divers types de solitudes. Avec la disparition de son triangle amoureux, le script est moins audacieux que dans la version 1972, mais le soin d’écrire avec justesse des personnages complexes et fouillées est évident. Shiraishi montre ainsi avec beaucoup de tact et de sobriété qu’une employée est aussi une mère violente et égoïste qui fait payer à son enfant un mode de vie qu’elle ne remet pas en question pour autant. La dureté de certains rapports sociaux et sexuels n’excluent jamais la tendresse et le vide qu’ils cachent. Pour autant son film reste lumineux sans se complaire dans un misérabilisme, porté par des comédiennes crédibles et touchantes.

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L’Aube des félines (2017)

Si le Roman Porno parfois un univers glauque, torturé et pessimiste, d’autres auteurs choisissent une approche grivoise et joyeuse. À l’ombre des jeunes filles humides (2016) fait partie de cette veine et impose une sexualité solaire. À l’inverse de ses confrères qui cherchent à contourner le genre, Akihiko Shiota l’embrasse à plein bouche et livre un film plus ouvertement classique et donc érotique. Loin des déviances misogynes et autres humiliations qui ont servis de fond de commerce beaucoup de films déplaisants, il se livre à une relecture ludique, épanouie et revigorante du Théorème de Pasolini. On est devant avant tout une comédie de mœurs savoureusement écrite qui laisse la part belle à ses comédiens pour de longs plans au service d’un humour flegmatique. L’érotisme pur arrive dans le dernier tiers comme une véritable délivrance cathartique aussi irrésistible qu’émoustillante. Les jeux de séduction entre un comédien décidé à vivre comme un ermite et une jeune fille excentrique donnent lieux à des tensions érotiques palpables qui se concrétisent par de scènes à la grâce presque suspendue, telle la leçon de comédie qui se termine par une danse.

Et Sono Sion dans tout ça ? Et bien, il annonce la couleur dès son titre : Antiporno (2016).
Comme on pouvait s’y attendre, le trublion y va en total contre-pied pour y greffer ses thématiques personnelles… voire obsessionnelles. Le cœur du film est donc une nouvelle fois la condition de la femme dans la société si machiste qu’est celle japonaise. Son discours n’est cependant pas évident à suivre tant le cinéaste est adepte des ruptures de tons, des cassures et des virages abruptes. Mieux vaut aussi bien connaître un peu les Roman Porno pour mieux apprécier le traitement que Sion leurs inflige. Il détourne les codes où les femmes étaient souvent violées, rabaissées, forcées, contraintes, avilies à divers choses plus ou moins dégradantes pour mieux satisfaire l’égo des spectateurs masculins de l’époque. Ici la pression sociale et sexuelle sont à ce point aliénantes que ce sont les femmes qui font subir ces outrances à leur prochaines… ou qui demandent à les subir. Le cinéaste semble d’ailleurs vouloir affliger aux spectateurs les mêmes sévices en testant leur patience et attentes pour mieux brouiller les cartes et relancer la machine dans de nouvelles directions. Mise en abîme, différente strates temporelles et/ou de réalités, onirisme, poésie, auto-parodie, ton décalé, moments au malaise plus présents, détails surréalistes… Épaulé par sa comédienne Ami Tomite qui se donne sans réserve avec une impressionnante intensité dans un rôle qu’on pourrait imaginer auto-biographique, le cinéaste compose un joyeux foutoir bordélique à la fois passionnant, riche et bouillonnant tout en étant démonstratif, redondant, poseur ou gratuit.
C’est un pur geste anarchiste, colérique, enragé,  libéré de toute contrainte et schéma narratif habituel qui prend aussi le risque d’être strident pour un certain nombres de spectateurs.


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Elephant Films
Coffret DVD ou Blu-ray
17 décembre 2019

Avec cet intitulé « Roman Porno » qui pourrait prêter à confusion, Elephant Films a bien pris conscience que les films méritaient un accompagnement pour mieux les contextualiser et expliquer leur spécificités. Outre trois modules expliquant l’histoire et l’évolution du Roman Porno, chaque film possède des introductions de 20 minutes signées par trois experts : Stephen Sarrazin, Stéphane Du Mesnildot et Julien Sévéon. Elles sont souvent riches en informations pour les néophytes, avec tout de même le risque de virer à la paraphrase pour les deux titres mineurs contemporains. On trouve également deux formidables interviews croisées d’une script et d’un monteur de l’âge d’or du Roman Porno et surtout un documentaire de 90 minutes réalisé par Hideo Nakata lui-même sur son ancien maître Masaru Konuma. Ce dernier est aussi le plus présent dans un luxueux livret avec une interview fleuve. Sono Sion oblige, Antiporno a droit à des bonus supplémentaires garantis sans langue de bois avec interview et making-of qui montre l’implication de sa comédienne. La Nikkatsu ayant annoncé son intention de réitérer son concept de reboot, on espère que l’éditeur français le suivra avec le même soin éditorial.