Diffusé sur HBO Max à partir du 3 août, le documentaire Elizabeth Taylor : The Lost Tapes, présenté au Festival de Cannes 2024 en sélection Cannes Classics, montre, dans une exploration imbriquée d’une vie d’actrice et de femme, à quel point l’intime peut être à la fois au service et au détriment de l’art.
De nombreux documentaires – certainement plus qu’à l’accoutumée – ont été projetés cette année durant la sélection Cannes Classics du Festival de Cannes. Parmi eux, une découverte étonnante, le documentaire Elizabeth Taylor : The Lost Tapes (2024) réalisé par Nanette Burstein, qui rend pour la première fois publics des enregistrements issus d’une interview aux allures de confession. C’est plus de 40 heures d’entretien avec le journaliste Richard Meryman – qui avait aussi réalisé la dernière interview de Marilyn Monroe publiée deux jours avant sa mort – qui ont été exhumées. Le film suit le fil rouge de ces confidences faites à un moment assez avancé dans sa carrière pour que Liz Taylor puisse prendre du recul sur tout ce qui lui était arrivé : sa vie d’enfant-star, ses amours et ses grands chagrins et comment le cinéma lui a finalement permis de se relever. Le style rappelle celui de Conversation avec Romy Schneider (2018), un documentaire qui proposait lui aussi une plongée inédite dans la parole d’une actrice mondialement connue, grâce à des enregistrements jamais sortis [ou encore le documentaire Romy, femme libre également présenté à Cannes Classics en 2022, ndlr]. Lors de cette interview avec une personne de confiance, et sans savoir si cela allait être un jour diffusé, Romy Schneider s’ouvre comme rarement et parle des pires moments de sa vie avec une franchise implacable.
Les ravages d'Hollywood
Pour Elizabeth Taylor, c’est notamment l’occasion d’évoquer les nombreuses relations qui ont marqué sa vie, loin des clichés alimentés par la presse people, afin de rétablir leur place dans son parcours. Huit mariages, ce n’est pas anodin, mais l’époque était différente et les valeurs de Liz succombaient à cette injonction. Elle explique notamment comment Hollywood lui a volé son enfance [Judy Garland s’était également confiée sur l’impact de cette enfance de star, ndlr] en lui interdisant les sorties avec ses amis. Elle enchaîne les tournages et son épanouissement précoce la propulse dans des rôles de femme alors qu’elle n’est encore qu’une adolescente. C’est tout naturellement qu’elle se marie pour la première fois à 18 ans et passe tout à coup sous la tutelle de son mari.
Mais un instinct de révolte pousse Liz Taylor à ne pas laisser les studios dicter sa vie, professionnelle comme amoureuse. Des commentaires de proches et d’amis du métier apportent un regard et du contexte aux films issues des archives personnelles de l’actrice et les morceaux choisis d’enregistrements. Le film dresse alors le portrait d’une femme passionnée, engagée et intense dans chacun de ses projets. Il offre à l’actrice la possibilité d’exprimer ses regrets quant aux périodes de sa vie où le mariage, notamment, était une consolation imparfaite face à la mort du grand amour de sa vie, le producteur Mike Todd.
ELIZABETH TAYLOR : LES ENREGISTREMENTS PERDUS
Nanette Burstein, 2024, États-Unis
Présentée au Festival de Cannes en sélection Cannes Classics, en mai 2024.
Sur HBO Max le 3 août 2024
Pour en savoir plus
Écoutez le podcast Une Histoire de cinéma, par Antoine Jullien sur Elizabeth Taylor et son statut d’icône hollywoodienne.
Disponible sur le site et toutes les plateformes d’écoute.