LE TERRORISTE (1963) : de la dynamite

Merveille retrouvée d’un cinéma italien ultra-politique, Le Terroriste est l’œuvre de Gianfranco de Bosio, homme de théâtre et cinéaste méconnu ; surtout, ancien résistant et membre des Groupes d’Action Partisane, dont il retranscrit ici l’expérience dans Venise occupée. Un film puissant, approfondissant les enjeux moraux autour de la Résistance et de la notion de terrorisme, à l’actualité irradiante.

SANS LENDEMAIN (1939), la nuit des masques

Portrait de femme lumineux et tragique porté par l’inoubliable Edwige Feuillère, Sans lendemain est réalisé lors du premier séjour de Max Ophuls en France, entre son départ d’une Allemagne qui a sombré dans le nazisme et son futur séjour aux États-Unis en tant qu’exilé. Aux côtés du Plaisir et de Madame De…, Sans lendemain ressort en salles en version restaurée, avec Les Acacias Distribution.

LA NOIRE DE… d’Ousmane Sembène : Antibes, Dakar, et un porte-avions

La ressortie en salle de La Noire de… d’Ousmane Sembène, en version restaurée 4K, n’est pas seulement un évènement cinéphile ; c’est aussi le geste fort de montrer l’acte de naissance du cinéma africain subsaharien, au lendemain de l’ère coloniale. À travers le portrait d’une employée de maison sénégalaise « ramenée » à Antibes par ses patrons français, Sembène dresse le portrait d’une société contemporaine sinistre, où l’espoir de l’indépendance est vite balayé par le cynisme déprimant imbibant le vieux monde. Le cinéaste livre, à cet égard, un film sublime et puissant, qui 60 ans après sa sortie, ferait bien d’être revu par un certain nombre de personnes.

JOHNNY GOT HIS GUN (1971), une guerre intérieure

Dalton Trumbo, grand scénariste hollywoodien connu pour ses prises de position politiques, réalise Johnny Got His Gun en 1971, un réquisitoire anti-guerre sous forme de combat intérieur pour (et contre) la vie. Présenté en sélection Cannes Classics lors du Festival de Cannes 2024, Johnny Got His Gun ressort le 11 septembre dans une nouvelle version restaurée, grâce à Malavida Films.

L’INNOCENT (1976), ou le dernier bal

Dernier film de Luchino Visconti, adapté du roman de Gabriele D’Annunzio, L’Innocent est un film habité par la conscience d’une disparition prochaine, celle du réalisateur et celle du XIXème siècle, sublimement racontée ici, inaugurant les symptômes du Mal révélé en 1922 par le fascisme. L’Innocent ressort en version restaurée dans le cadre d’un rétrospective initiée par les Acacias autour du XIXème siècle de Visconti, avec Senso, Le Guépard et Ludwig.

LAW AND ORDER (1969), « not all cops »

Présenté à Cannes Classics durant cette 77ème édition du Festival de Cannes, Law and Order (1969), un des premiers long-métrages du documentariste Frederick Wiseman, montre la vie réelle d’une brigade de policiers à Kansas City. La ressortie en version restaurée est prévue à l’automne 2024 par Météore Films.

LE NOM DE LA ROSE (1986), le Diable est dans les détails

La Victoire en chantant (1976), Coup de tête (1979), La Guerre du feu (1981), c’est à se demander pourquoi Jean-Jacques Annaud, avec sa tête à l’époque remplie d’ours, s’est-il trouvé soudain à transposer le chef-d’œuvre du sémiologue Umberto Eco ? Presque comme à chaque nouvelle pièce maîtresse de sa filmographie, il faut gratter sous le vernis de la pellicule pour comprendre que son apparente intrusion dans l’univers de ce professeur de l’université de Bologne n’a rien d’un hasard. À la manière de son héros Guillaume de Baskerville, le cinéaste incarna malgré lui un trouble-fête idéal, en s’emparant de ce best-seller avec la bénédiction de l’auteur. Il bouscula ainsi d’innombrables dogmes et certitudes, aboutissant à ce long-métrage inoubliable à redécouvrir en version restaurée.

CHAMBRE 999 – « Le cinéma est-il un art qui va mourir ? », entretien avec Lubna Playoust

En mai dernier, Lubna Playoust présentait son premier long-métrage Chambre 999 (2023) à Cannes Classics, un documentaire qui interroge des réalisateurs et réalisatrices du monde entier concernant l’avenir du cinéma. Le film est une réponse à Chambre 666, réalisé en 1982 par Wim Wenders, où des cinéastes répondaient déjà à cette question pendant le Festival de Cannes, seuls face à eux-mêmes dans une chambre de l’hôtel Martinez. 

Le Festival des 3 continents 2023, le cinéma autrement

Du 24 novembre au 3 décembre 2023, se tient à Nantes la nouvelle édition du Festival des 3 continents. Pierre Charpilloz revient à Nantes, et parcourt de nouveau les espaces de ce festival qui depuis plus de 40 ans nous invite à poser d’autres regards sur le cinéma et notre monde à travers une sélection de films de fiction et de documentaire d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie.

Jocelyne Saab, au chevet du Liban – Entretien avec Mathilde Rouxel

Du 17 au 28 novembre 2023, le Festival du film franco-arabe de Noisy-le-Sec met à l’honneur le Liban et la réalisatrice et artiste Jocelyne Saab, dont la filmographie fera l’objet d’une rétrospective intégrale jusqu’au 10 décembre à Paris et en région parisienne. Pionnière du « nouveau cinéma libanais » dans les années 70, elle a documenté sans relâche les conflits prenant place au Liban et sa ville de cœur, Beyrouth. Rencontre avec Mathilde Rouxel, directrice artistique du festival et ancienne collaboratrice de Jocelyne Saab, à l’initiative de la restauration de ses films.

LUNE FROIDE (1991), regarde les hommes tomber

Lune froide a beaucoup fait parler à sa sortie pour une séquence choquante, grotesque, interdite. Pourtant, le film de Patrick Bouchitey ne peut se résumer à ce paroxysme de cinéma. Adapté de Charles Bukowski, Lune froide est d’abord une histoire d’amitié entre deux pieds nickelés. C’est aussi un film poignant, drôle, poétique, et rageur.

Sacha Guitry, déclaration(s) d’amour

Onze films de Sacha Guitry ressortent en salle, offrant un regard rétrospectif sur une figure immanquable du théâtre et du cinéma français ; un artiste complet, populaire, que l’on croit connaître, paraissant vu et revu, et pourtant dont il y a encore toujours quelque chose à tirer et à redécouvrir. Devant et derrière la caméra, l’œuvre de Guitry brille, bien sûr, par ses dialogues, mais aussi par un rapport unique entre forme et parole, de la drôlerie lyrique de Faisons un rêve (1936) à l’humour noir de La Poison (1951), et la redécouverte d’une perle plus méconnue de sa filmographie, Ceux de chez nous (1915).

HESTER STREET (1975), un monde nouveau

Après avoir été redécouverte au Festival Lumière en 2020, le travail de la réalisatrice américaine Joan Micklin Silver a enfin les honneurs d’une ressortie en salles avec son premier film, Hester Street (1975). Une plongée quasi-documentaire dans le Lower East Side de la fin du XIXe siècle à travers le regard d’une jeune immigrée russe dépassée par les mœurs du pays de Yankees auquel son mari s’est acclimaté.

CHER PAPA (1979), FANTÔME D’AMOUR (1981), reflets d’hier et d’aujourd’hui

Deux films de Dino Risi ressortent en salle ; deux films questionnant le passé, le souvenir, le spectral, dans l’Italie politiquement tourmentée de la fin des années 1970 / début 1980. Cher Papa (1979)et Fantôme d’amour (1981) embrassent la tragédie, le pessimisme de Dino Risi, cinéaste qui a pourtant brillé auparavant grâce à ses comédies dont Le Fanfaron, sorti près de vingt ans plus tôt. Mais le monde avait changé, et l’innocence du cinéma de Risi aussi, ornée désormais d’une tristesse qu’il applique sur ses stars, Marcello Mastroianni, Romy Schneider, ou Vittorio Gassman.