LE TERRORISTE (1963) : de la dynamite

Merveille retrouvée d’un cinéma italien ultra-politique, Le Terroriste est l’œuvre de Gianfranco de Bosio, homme de théâtre et cinéaste méconnu ; surtout, ancien résistant et membre des Groupes d’Action Partisane, dont il retranscrit ici l’expérience dans Venise occupée. Un film puissant, approfondissant les enjeux moraux autour de la Résistance et de la notion de terrorisme, à l’actualité irradiante.

LA NOIRE DE… d’Ousmane Sembène : Antibes, Dakar, et un porte-avions

La ressortie en salle de La Noire de… d’Ousmane Sembène, en version restaurée 4K, n’est pas seulement un évènement cinéphile ; c’est aussi le geste fort de montrer l’acte de naissance du cinéma africain subsaharien, au lendemain de l’ère coloniale. À travers le portrait d’une employée de maison sénégalaise « ramenée » à Antibes par ses patrons français, Sembène dresse le portrait d’une société contemporaine sinistre, où l’espoir de l’indépendance est vite balayé par le cynisme déprimant imbibant le vieux monde. Le cinéaste livre, à cet égard, un film sublime et puissant, qui 60 ans après sa sortie, ferait bien d’être revu par un certain nombre de personnes.

L’INNOCENT (1976), ou le dernier bal

Dernier film de Luchino Visconti, adapté du roman de Gabriele D’Annunzio, L’Innocent est un film habité par la conscience d’une disparition prochaine, celle du réalisateur et celle du XIXème siècle, sublimement racontée ici, inaugurant les symptômes du Mal révélé en 1922 par le fascisme. L’Innocent ressort en version restaurée dans le cadre d’un rétrospective initiée par les Acacias autour du XIXème siècle de Visconti, avec Senso, Le Guépard et Ludwig.

LAW AND ORDER (1969), « not all cops »

Présenté à Cannes Classics durant cette 77ème édition du Festival de Cannes, Law and Order (1969), un des premiers long-métrages du documentariste Frederick Wiseman, montre la vie réelle d’une brigade de policiers à Kansas City. La ressortie en version restaurée est prévue à l’automne 2024 par Météore Films.

Natalie Wood, l’icône qui cache l’actrice : entretien avec Lucas Aubry

Dans ce nouveau livre de la très appréciée collection Capricci Stories, l’auteur Lucas Aubry explore l’icône d’une génération immortalisée par la caméra furieuse de Nicholas Ray, une légende hollywoodienne dont la filmographie traverse presque 40 ans de cinéma américain, Natalie Wood. Même si elle a disparu précocement dans de mystérieuses conditions à 43 ans, celle qui avait débuté à l’âge de 5 ans est une figure emblématique du cinéma américain, incarnation d’une jeunesse américaine rebelle et amoureuse. L’iconique Natalie Wood sera cette année à l’honneur d’une rétrospective au Festival international du film de La Rochelle, du 28 juin au 7 juillet 2024.

LA DAME DE CONSTANTINOPLE : Entretien avec la réalisatrice Judit Elek

Du haut de ses 85 ans, la réalisatrice hongroise Judit Elek a reçu avec beaucoup d’émotion l’hommage rendu par Cannes Classics lors de la projection en version restaurée de La Dame de Constantinople (1969) le 18 mai dernier. C’est une femme pleine de vigueur et de malice que nous avons rencontrée pour parler avec passion de la genèse de ce beau film. Après plusieurs documentaires l’ayant imposée comme une des pionnières du cinéma direct, La Dame de Constantinople fut sa première fiction. Un film qui nous plonge avec réalisme dans le quotidien d’une sexagénaire de Budapest contrainte de changer de logement. Un tableau réaliste de la société hongroise, de la solitude et des problèmes immobiliers vécus dans la capitale, peint avec délicatesse par la cinéaste.

Une histoire de cinéma – Tomás Gutiérrez Alea, le cinéma cubain sous la Révolution

À l’occasion de la sortie en Blu-ray et DVD d’un coffret regroupant trois films emblématiques du cinéaste cubain Tomás Gutiérrez Alea, La Mort d’un bureaucrate (1966), La Dernière Cène (1976) et Fraise et chocolat (1993), édité par Tamasa, Antoine Jullien vous raconte le parcours de ce réalisateur méconnu à travers les soubresauts sociétaux et politiques de son pays.

Silence ! Elles tournent – Delphine Seyrig, plus actuelle que jamais

Actrice et réalisatrice française, Delphine Seyrig fut l’incarnation de la bourgeoise sophistiquée, avec son port altier, son sourire mystérieux, sa voix chaude et sa distinction naturelle. L’actrice a tourné chez François Truffaut, Marguerite Duras, Don Siegel, Luis Buñuel, Joseph Losey, Chantal Akerman, William Klein ou encore Mario Monicelli, signe du cosmopolitisme de celle qui a grandi entre le Liban, New York et la Suisse. Delphine Seyrig a aussi réalisé une poignée de films documentaires, avec le collectif Les Insoumuses et son binôme Carole Roussopoulos, témoignages d’un engagement féministe précurseur. Avec son invité Jean-Marc Lalanne, Esther Brejon retrace la carrière de cette figure incontournable du cinéma d’auteur et avant-gardiste des années 60 à 80, disparue en 1990, et qui semble plus actuelle que jamais. 

« Le cinéma ne sert à rien, c’est la seule chose que je sais faire » : Marco Ferreri – Entretien avec Gabriela Trujilo

Alors que s’ouvre à la Cinémathèque française (ainsi qu’à la cinémathèque de Grenoble) une rétrospective Marco Ferreri jusqu’au 28 février 2022, nous avons rencontré Gabriela Trujilo, directrice de la cinémathèque de Grenoble et autrice d’un essai paru en 2020 sur le cinéaste italien, Marco Ferreri, le cinéma ne sert à rien. Raisons du purgatoire dont est l’objet le réalisateur de La Grande Bouffe, aspect visionnaire de son cinéma, particularités de son style, vision des relations-hommes-femmes, ses acteurs fétiches : Gabriela Trujilo confirme la nécessité de redécouvrir l’œuvre de ce cinéaste iconoclaste.

LE LIT CONJUGAL (1963), scènes de vie à l’italienne

Figure massive et généreuse, des yeux clairs quasi-enfantins, et une éternelle barbe en collier : le visage de Marco Ferreri est peut-être plus connu que son œuvre, trop souvent réduite au seul triomphe commercial de sa carrière, La Grande Bouffe, film énorme et débordant, comme l’arbre qui cache la forêt, constituée de 35 films en 40 ans de carrière, tournés sur quasiment tous les continents, et avec les plus grandes stars. Le Lit conjugal (1963) fait partie des ressorties salles et vidéo chez Tamasa, ainsi que de la prochaine rétrospective à la Cinémathèque française.

SOY CUBA (1964), grâce et fureur

Longtemps resté invisible après sa sortie en 1964, Soy Cuba est redécouvert par Martin Scorsese et Francis Ford Coppola qui le ressortirent en salles en 1995. Première coproduction soviéto-cubaine destinée à promouvoir la révolution cubaine dans le monde, Soy Cuba est davantage un manifeste esthétique et poétique pour une croyance absolue du cinéma. Récemment restauré en 4K le film de Mikhaïl Kalatozov retrouve les écrans.

Hollywood Breakdown en 100 films (1959-1969)

L’idée d’Hollywood Breakdown correspond à un moment du cinéma américain mal identifié, quelque part entre la fin des années 1950 et la fin des années 1960. Avant ce que conventionnellement, on appelle le Nouvel Hollywood. Il y a dans ces années-là un corpus de film, assez imposant si l’on accepte de les réunir malgré leurs différences, mettant en scène un mal être profond qui gagne les États-Unis et remet en question l’American Way of Life.

Silence ! Elles tournent – Lena Horne, le « blackbird » révolté d’Hollywood

Première actrice afro-américaine à signer un contrat de longue durée avec la MGM, Lena Horne arrive à Hollywood au début des années 40 pleine d’espoirs et de rêves de cinéma. Confrontée au racisme et à la ségrégation raciale, sa carrière ne décollera jamais et elle devient alors une figure du Mouvement des Droits Civiques dans les années 60.

Mauro Bolognini, des histoires italiennes

Quelques éditions vidéo, une rétrospective à la Cinémathèque en novembre 2019 parallèle à la ressortie en salle d’un film insolite du cinéaste, Gran Bollito, ont ravivé le souvenir du cinéaste italien Mauro Bolognini (1922-2001), auteur d’une œuvre conséquente d’une trentaine de films, trop souvent négligée par les cinéphiles. Pour preuve : aucun ouvrage en langue française ne lui avait été consacré jusqu’ici. Après La Rome d’Ettore Scola, Michel Sportisse se penche sur cette filmographie et lui redonne la place qu’il convient de lui accorder, aux côtés des plus grands, Fellini, Visconti, Pasolini ou Antonioni.

Silence ! Elles tournent – Suzanne Schiffman, éternelle complice (1/2)

Figure majeure de la Nouvelle Vague, proche de Jean-Luc Godard, Jacques Rivette et François Truffaut, Suzanne Schiffman a officié auprès de ce dernier pendant plus de 20 ans, en tant que scripte, assistante, scénariste et bras droit. Avec elle, Truffaut trouvait soutien, solutions et inspiration. Sans elle, il n’aurait sans doute pas eu la même carrière.

« QUELLE JOIE DE VIVRE a une envergure plus importante que Le Dictateur » – Entretien avec Denitza Bantcheva

Inédit en salles depuis 2012, Quelle joie de vivre, malgré son sujet et son casting, reste l’un des films les plus méconnus de son réalisateur, René Clément. Denitza Bantcheva, critique et autrice de livres sur le cinéma, administratrice de la Fondation René Clément et directrice de son comité Cinéma, nous apporte son éclairage sur ce film, ainsi que sur le statut de cette formidable satire dans l’œuvre du cinéaste, en salles ce mercredi 5 août 2020.

LE TRAIN (1964), l’art de la poursuite selon John Frankenheimer

C’est l’un des films d’action les plus ébouriffants des années 1960, également l’un des chefs-d’œuvre de John Frankenheimer, cinéaste qui a été touché par la grâce l’espace de quelques années. Avec son Burt Lancaster à la gueule burinée, prêt à tout pour empêcher les nazis de dévaliser les réserves du Jeu de Paume, Le Train réfléchit sur la valeur de l’art et le sens du sacrifice. Ou quand Van Gogh et Manet sont prétextes à une course-poursuite ferroviaire des plus hallucinantes.