« Notre caméra était une cible. » – Entretien avec Nicole et Félix Le Garrec sur le documentaire PLOGOFF (1980)

À partir de janvier 1980, un petit village d’irréductibles bretons s’oppose à l’implantation d’une centrale nucléaire. Une mobilisation victorieuse des habitants, femmes en tête, dont témoigne le documentaire Plogoff, des pierres contre des fusils. Quarante ans après, les images de cette population face aux forces de l’ordre n’ont rien perdu de leur force et résonnent encore plus avec l’actualité. Rencontre sur la Croisette avec les époux Le Garrec, Nicole à la réalisation et Félix à la caméra, lors de la présentation du film à Cannes Classics.

LA BEAUTÉ DES CHOSES (1995) ou l’amour interdit

Dernier film de Bo Widerberg, La Beauté des choses flirte avec l’autoportrait testamentaire  – le cinéaste décèdera deux ans après la sortie. Les souvenirs de jeunesse se mêlent à une chronique adolescente autour d’un amour interdit entre un lycéen et sa professeur, et la découverte de la sexualité, déséquilibrée, incandescente et risquée.

AMERICAN GRAFFITI (1974) et l’Americana dans le rétroviseur de George Lucas

Aussitôt occulté par l’ombre de Star Wars, le deuxième long-métrage de George Lucas mérite que l’on y rejette un coup d’œil. À travers le prisme faussement nostalgique envers la décennie précédente, American Graffiti se révèle surtout par sa reconstitution d’une fin de l’innocence rituelle et révolue, observée depuis cette Amérique traumatisée du début des années 70.

LA BALLADE DE NARAYAMA (1983) – Retraite spirituelle

Couronné au Festival de Cannes, la version restaurée du chef-d’œuvre de Shohei Imamura est désormais disponible en vidéo. Un long-métrage qui ne s’impose aucune barrière pour dépeindre un Japon rural et ses traditions, que les plus récentes générations nippones cherchent à oublier. Pourtant, nourrie des obsessions du cinéaste, cette vision traduit le sens même du cycle de la vie, révélant parfois sa cruauté concernant le sort réservé à nos plus anciens.

Alain Delon et ses fantômes dans LE PROFESSEUR (1972)

Étonnant film dans une période où Alain Delon était en pleine recherche de singularité, Le Professeur ressort en version restaurée et retrouve sa « version longue » 47 ans après que son producteur, Delon lui-même, ait imposé de multiples coupes pour la sortie françaises. Fidèle à son réalisateur Valerio Zurlini, Le Professeur est avant tout une histoire d’ennui existentiel.

« Eyes Wide Shut recèle toujours une part d’inconnu qui me plaît » – entretien avec Axel Cadieux

Eyes Wide Shut a 20 ans. L’œuvre posthume de Stanley Kubrick n’en finit pas de faire parler d’elle, admirée, décortiquée, analysée jusqu’au vertige. Dans son livre Le Dernier rêve de Stanley Kubrick, le journaliste Axel Cadieux revient sur l’un des tournages les plus longs de l’histoire du cinéma, au travers d’une soixantaine d’entretiens avec les proches collaborateurs du cinéaste afin d’explorer les méandres de ce chef-d’œuvre au mystère inépuisable

Le Roman Porno, millésime de l’érotisme japonais

Films érotiques japonais des années 1970, les Roman Porno ont été édités par Elephant Films dans un coffret les réunissant avec une nouvelle vague de films récents du même acabit, produits par la Nikkatsu, pour une plongée dans des représentations troubles, sulfureuses, déviantes, mais fascinantes de la sexualité au sein d’œuvres parfois remarquables.

Grandeur et décadence des Anges de l’Enfer (1930) d’Howard Hughes

Superproduction démesurée, production malade, caprice de gosse de riche… Le célèbre film d’aviation d’Howard Hughes, notamment immortalisé dans le Aviator de Martin Scorsese, n’a jamais manqué de se faire remarquer – mais pas toujours en bien. Les Anges de l’Enfer est le symbole-même d’une certaine décadence hollywoodienne, le film qui en fait trop à tous les égards, et qui, pourtant, parvient encore à épater aujourd’hui pour son échelle et ses images.

Dix ans après, que reste-t-il d’AVATAR ?

Voilà une décennie ans qu’Avatar est sorti. Néanmoins, douze ans le séparaient déjà de Titanic, précédent raz-de-marée cinématographique de James Cameron. Alors que ses suites, constamment repoussées, se font attendre, l’héritage d’Avatar semble remis en question au sein de la culture populaire, qui, après les récentes évolutions hollywoodiennes, s’est souvent demandé s’il en restait quelque chose.

Jean Dréville, une épopée française

Qui, aujourd’hui, se souvient vraiment de Jean Dréville et de ses films, si ce n’est quelques membres précieux de la tribu cinéphile ? Son nom évoque quelques productions fastess, dont La Fayette, film le plus cher du cinéma français , ainsi qu’une série de films de guerre. Dréville porte avec lui tout un monde de cinéma des années 1930 aux années 1950, une « qualité française » plus originale et inventive que ce qu’on aime croire à ce sujet – une œuvre qui a même été parfois avant-gardiste.

« Philippe de Broca avait un savoir-faire qui est difficile à retrouver dans les comédies actuelles » – Alexandra de Broca et Marina Girard

Cartouche revient sur les écrans dans une magnifique copie restaurée ! Visible à la fois en salles et en vidéo, le célèbre film de Philippe de Broca retrouve tout son lustre, son panache et sa mélancolie. Restauration qui n’aurait pu avoir lieu sans le vaste travail éditorial entrepris peu après le décès du réalisateur en 2004 et mené avec ténacité par la famille de Broca – en premier lieu, sa compagne Alexandra – et Marina Girard, agent-conseil spécialiste en droits d’auteurs. Rencontre.

Cannibalisme et gâteaux dans Black Journal (1977) de Mauro Bolognini

Qui se souvient de Mauro Bolognini ? Parmi les grands cinéastes italiens, le public citera Federico Fellini, Sergio Leone, Pier Paolo Pasolini, Bernardo Bertolucci, Ettore Scola, Roberto Rossellini… Même les plus cinéphiles semblent avoir oublié le cinéaste de La Dame aux Camélias, avec Isabelle Huppert. Une rétrospective, qui se donne actuellement à la Cinémathèque française, vient à point nommer pour remettre à l’honneur ce grand cinéaste italien. Parmi ses films, on trouve Black Journal, œuvre monstre, enfin présentée dans une superbe version intégrale restaurée – 20 minutes supplémentaires ! –, mélange improbable de drame criminel, historique, film d’horreur, réflexion sur l’identité sexuelle, la maternité.

« Sterling Hayden n’était pas né dans le bon siècle, c’était un mec du XIXème siècle » – Philippe Garnier

Dans la pénombre et la chaleur d’un été finissant, rencontre avec Philippe Garnier, le Frenchie le plus américain des journalistes français. Sans lui – et quelques rares autres – David Goodis, John Fante, James Crumley ou Charles Bukowski seraient restés au purgatoire. Sans lui, jamais la mythique émission Cinéma Cinémas n’aurait hanté nos mémoires de cinéphiles, avec ses précieuses pastilles nonchalantes sur la lancinante musique de Laura, consacrées à Richard Widmark ou à Edward Dmytryk. Quelques ouvrages et livrets de DVD plus tard, voici qu’il exhume la figure du grand Sterling Hayden, écrivain acteur bourlingueur dont la carcasse massive marque irrémédiablement Quand la ville dort de John Huston, Docteur Folamour de Stanley Kubrick, ou Le Privé de Robert Altman. Pourquoi Sterling Hayden ? Dialogue dans un transat aux abords du festival Lumière.

« Ancrer l’actualité du patrimoine dans le présent » – Vincent Paul-Boncour de Carlotta Films

L’an passé, Carlotta Films fêtait ses 20 ans. Autant de temps passé à explorer des cinématographies, remettre au goût du jour les grands maîtres, chercher des nouvelles manières d’aborder les classiques. Cette année, son fondateur Vincent Paul-Boncour est à l’honneur au Festival Lumière, auréolé du prix Raymond-Chirat. Apogée et déclin du DVD, numérique et patrimoine, émergence de la VOD, multiplication des rééditions, tour d’horizon des grandes mutations qu’a affrontées la fameuse société d’édition et de distribution, qui est aujourd’hui en France un incontournable des cinéphiles.